vendredi 18 juillet 2014

Annis Stukus


Originaire de Toronto, Annis Stukus débuta sa carrière dans sa ville, avec les Argonauts, en 1936.  Jouant principalement comme quart-arrière, il fut également utilisé comme botteur, ainsi qu'à d'autres positions.  Il était accompagné par son frère Bill, qui jouait aussi au quart, en plus d’être maraudeur.  Dès la saison suivante, les deux frères gagnèrent la Coupe Grey.   En 1938, ils furent rejoints par un troisième frère Stukus, Frank, qui jouait dans le champ arrière.  En fait, il est même arrivé qu’ils se retrouvent tous les trois derrière la même ligne de mêlée.  Cette saison fut couronnée d’une deuxième Coupe Grey.  Au plan individuel, Annis fut nommé quart-arrière de la première équipe d’étoiles cette même année.
 
 
Les trois frères demeurèrent avec les Boatmen jusqu’en 1941.  Par la suite, la Deuxième Grande Guerre entraîna la suspension des activités des Argos.  Les frères Stukus allèrent donc jouer au niveau senior et avec des équipes militaires, parfois ensemble, parfois séparément.
 
En 1947, seul Bill retourna avec les Argonauts.  De son côté, Annis fit sa première incursion hors du football pour la saison 1946-47, alors qu’il agit comme consultant pour les Huskies de Toronto, une équipe de basketball de la BAA (l’ancêtre de la NBA).  Cette versatilité lui servit à plusieurs occasions au fil des années.  Par contre, l’équipe disparut à la fin de la saison.
 
En 1949, Annis fut au cœur du retour des Eskimos d’Edmonton, après neuf ans d’absence, alors qu’il fut joueur, entraîneur et directeur-gérant de l’équipe.  Son frère Bill l’accompagna.  L’aventure dura jusqu’en 1951.
 
En 1954, il réalisa une autre première.  Il devint le premier entraîneur et directeur-gérant de la nouvelle équipe de Vancouver, les Lions de la Colombie-Britannique.  Il occupa ce poste pendant deux ans.
 
Il devint par après journaliste pour le Vancouver Sun, où il ne couvrit pas seulement les sports, mais aussi l’actualité internationale, en y allant de reportages sur le terrain. 
 
C’est ensuite du côté du hockey qu’il se dirigea.  Il devint en 1967 directeur-gérant des Canucks de la Western Hockey League (WHL).  Par contre, c’est en 1972 qu’il attira le plus l’attention dans le monde du hockey.  Devenu directeur-gérant des Jets de Winnipeg de l’AMH (Association Mondiale de Hockey), de concert avec la ligue, il signa Bobby Hull pour dix ans pour un total de 2,75 millions, une somme sans précédent à l’époque.
 
Il conserva ce poste jusqu’en 1974, après quoi il alla travailler dans un quatrième sport, en étant à l’emploi des Whitecaps de Vancouver de la NASL (North American Soccer League).
 
Membre du Temple de la Renommée du football canadien depuis 1974 et du Panthéon des sports du Canada, le trophée remis au meilleur entraîneur de la LCF porte son nom.
 
Il est décédé en 2006, à l’âge de 91 ans.
 
Sources:
 
“Annis Stukus” de George Gross (sportsmediacanada.ca),
 
“Argos’ Annis Stukus was one of a kind” de Peter Worthington, 23 novembre 2012 (slam.canoe.ca),
 
bcsportshalloffame.com,

cfl.ca,
 
cflapedia.com,
 
wikipedia.org.

jeudi 10 juillet 2014

Bud Grant


Ayant souffert de la polio au cours de son enfance, Bud Grant fut encouragé par son médecin à pratiquer des sports pour développer ses jambes affaiblies.  Il en développa un véritable talent, lui qui joua plus tard autant au sein des équipes de baseball, football et basketball de l’Université du Minnesota.
 
Son talent fut suffisamment remarqué pour être repêché par les Lakers de de Minneapolis de la NBA (en quatrième ronde) et par les Eagles de Philadelphie de la NFL (en première ronde). 
 
Puisqu’il avait été choisi par l’équipe locale et qu’il connaissait le directeur-gérant des Lakers, Grant préféra le basketball.  Joueur réserviste, il fut de leur alignement pendant deux ans, faisant partie de l’équipe championne de 1950.
 
En 1951, il décida de se réorienter vers le football et se dirigea vers Philadelphie.  Il demeure à ce jour le seul à avoir joué autant dans la NBA que la NFL.  Il joua d’abord une première saison sur la ligne défensive (où il mena l’équipe pour les sacs) et une deuxième comme receveur de passe.
 
Suite à une dispute salariale avec les Eagles, Grant décida de retourner au centre du continent, mais au nord de la frontière cette fois.  Il accepta une offre des Blue Bombers de Winnipeg, qui avait un œil sur lui depuis son passage universitaire. 
 
Jouant autant sur la ligne offensive que comme receveur de passe, il eut un succès immédiat.  Il mena la section ouest en 1953 et en 1956 pour les verges gagnées par la passe, en plus de faire partie de l’équipe d’étoiles à trois reprises.  Le 28 octobre 1953, il réalisa cinq interceptions, ce qui constitue un record pour un match de séries.  
 
Alors que l’équipe cherchait un nouvel entraîneur-chef pour la saison 1957, Grant postula sur le poste.  Malgré un certain scepticisme, Grant convainquit le président de l’équipe de lui donner sa chance.  Il ne fut pas déçu. 
 
Dès sa première saison, les Bombers compilèrent une fiche de 12-4, en plus de se rendre à la finale de la Coupe Grey contre les Tiger-Cats.  Il s’en suivit une intense rivalité entre Winnipeg et Hamilton au sommet de la ligue.  De 1957 à 1965, les Bombers et le Ticats s’affrontèrent six fois en finale de la Coupe Grey.  Étonnamment, lorsque les deux équipes se rendaient en finale, elles se rendaient ensemble.  Elles y étaient ensemble ou pas du tout.  Les Bombers remportèrent quatre de ses six duels.
 
À partir de 1964, Grant occupa également le poste de directeur-gérant.  En 1965, il remporta le Trophée Annis Stukus, comme entraîneur de l’année dans la LCF.
 
En 1961, Max Webster, le propriétaire des nouveaux Vikings du Minnesota, avait tenté de convaincre Grant de prendre charge de son équipe d’expansion, mais ce dernier avait refusé.  Suite à la saison 1966, Grant avait maintenant une fiche de 102-56-2 et quatre titres de la Coupe Grey à son actif.  Lorsque Webster rappliqua avec son offre, il jugea qu’il était prêt pour un nouveau défi.
 
Une de ses premières tâches fut de se dénicher un nouveau quart et pour ce faire, il regarda au nord de la frontière.  Comme entraîneur des Bombers, il avait affronté à de nombreuses reprises Joe Kapp.  Le directeur-gérant des Vikings, Jim Finks, avait déjà occupé le même poste chez les Stampeders de Calgary et dans ce cadre, c’est lui qui avait embauché Kapp.  Les deux se sont donc entendus sur leur homme.  Mais comme Kapp était sous contrat avec les Lions de la Colombie-Britannique, il fallait trouver une solution.
 
Les Vikings avaient dans leur alignement Jim Young (voir texte du 21 août 2013), qui voulait retourner au Canada et qui intéressait les Lions.  Par contre, ses droits dans la LCF appartenaient… aux Argonauts.
 
Les Lions durent donc échanger deux joueurs étoiles, Dick Fouts et Bill Symons, aux Argonauts en retour des droits sur Young.  Par la suite, Young fut "libéré" par les Vikings et signa avec les Lions.  De l’autre côté, Kapp fut "libéré" par Lions et signa avec les Vikings.  D’une certaine façon, Young et Kapp ont ainsi fait l’objet d’un "échange" entre les deux ligues.
 
Dès sa deuxième saison, Grant, à l’aide Kapp et de ses méthodes disciplinées, mena les Vikings au titre de la division centrale de la NFL.  Il s’agissait du premier de onze titres de division au cours des treize années suivantes.  En 1969, les Vikings remportèrent le titre de la NFL, avant de s’incliner devant les Chiefs de Kansas City au Super Bowl IV.  (À ce moment, la NFL et l’AFL se disputaient le Super Bowl, mais n’avaient pas officiellement fusionné.)  Durant cette même année, Grant fut nommé l’entraîneur de l’année.
 
Les Vikings de Grant effectuèrent trois autres présences au Super Bowl, mais ils durent toutefois s’avouer vaincus à chaque occasion, contre Miami, Pittsburgh, puis Oakland.
 
Grant demeura en poste jusqu’en 1983, puis revint pour la saison 1985.  Au total, il cumula une fiche de 158-96-5.
 
En combinant sa fiche dans les deux ligues, son total de 260 victoires le place au troisième rang, derrière Don Shula et George Halas.
 
Il fut intronisé au Temple de la Renommée du football canadien en 1983.  En 1994, il reçut le même honneur du côté des États-Unis.  Par le fait même, il devint le premier à être honoré des deux côtés de la frontière.  (Il a depuis été rejoint par Warren Moon, voir texte du 5 septembre 2012.)  

jeudi 3 juillet 2014

Carl Weathers


Originaire de Louisiane, Carl Weathers se dirigea vers la Californie pour étudier et jouer au football.  Suite à son passage à San Diego State University, le secondeur ne fut pas repêché, mais il attira tout de même l’attention des Raiders d’Oakland.
 
Il se présenta donc au camp de 1970, où il fit suffisamment bonne impression pour faire l’équipe et jouer sept matchs au cours de la saison.
 
L’année 1971 fut moins intéressante pour Weathers.  Il ne joua qu’un match régulier avant d’être coupé.  Il obtint par contre une deuxième chance du côté de la Ligue canadienne, avec les Lions de la Colombie-Britannique.  Il termina la saison en jouant quelques matchs dans leur uniforme.  Il vit également de l’action en 1972, en jouant au total 18 matchs.  Par contre, il fut régulièrement blessé, ce qui nuit évidemment à sa carrière.  Il fut libéré avant le début de la saison 1973.
 
Ayant déjà travaillé comme mannequin, il décida ensuite de  retourner en Californie pour entreprendre une carrière d’acteur.
 
Il eut de petits contrats dans des comédies de situation, mais en 1976, il obtint un premier rôle d’importance au cinéma.  Il s’agissait par contre d’un film dont le personnage principal était tenu par un quasi inconnu et pour lequel le studio avait des attentes modestes.  Le film en question s’appelait « Rocky » et l’inconnu, à qui il donnait la réplique, Sylvester Stallone. 
 
La suite appartient à l’histoire.  Le film eut un succès phénoménal et fit de Stallone une grande vedette.  De plus, il entraîna la production de cinq autres films, le dernier (du moins pour le moment) étant lancé 30 ans après le premier.  Au total, les six films ont généré des recettes de plus d’un milliard $. 
 
De son côté, Weathers ne participa « seulement » qu’aux quatre premiers films, puisque son personnage d’Apollo Creed meurt dans « Rocky IV ».  (Désolé pour ceux qui ne le savaient pas déjà…)  
Il le vit par la suite dans plusieurs films, incluant dans les comédies « Happy Gilmore » et « Little Nicky », dans lesquelles il tient un rôle important auprès d’Adam Sandler.  Il a également travaillé à la télévision (entre autres dans la comédie « Arrested Development ») et fait des voix pour des personnages de dessins animés.  Par contre, il demeure associé principalement associé à son personnage d’Apollo Creed, librement inspiré de Mohammed Ali.
 
Sources : cfl-scrapbook.no-ip.org, wikipedia.org.

 

jeudi 26 juin 2014

Les chemins distincts du football canadien et du football américain


Le football canadien et le football américain tiennent leurs origines au même endroit.  À la base, ils sont dérivés du rugby, qui était entre autres joué par des régiments britanniques stationnés à Montréal au milieu du XIXe siècle.  Les règles évoluèrent, variant d’une association, d’un club ou d’un endroit à un autre. 

Par la suite, les deux footballs prirent des directions à l’image de leur pays respectif.  Le football américain se distingua rapidement, au point de devenir méconnaissable.  La version canadienne demeura plus près de la version britannique, pour ensuite se rapprocher de la version américaine.  Elle parvint par après à conserver sa distinction, même si celle de son gigantesque voisin lui porte ombrage.

Le premier club formé au nord de la frontière fut le Montreal Football Club, en 1868.  (Au sud, le Oneida FC de Boston a été fondé en 1862.)

McGill contre Harvard
En 1874, l’Université Harvard, qui jouait selon les « règles de Boston» (en opposition entre autres aux règles de New York), joua une série de matchs contre l’Université McGill, alternant entre les règles canadiennes et celles de Boston.  Un ballon rond fut utilisé, même si les canadiens jouaient avec un ballon ovale.


Hamilton contre Montréal, 1907

En 1909, le gouverneur général du Canada, son Excellence Earl Grey, fit don d’une coupe pour couronner le champion amateur de rugby football.  Initialement, les équipes éligibles étaient le champion universitaire, le champion de l’Ontario Rugby Football Union (niveau senior) et celui de l’Inter-Provincial Rugby Football Union (IRFU, qui deviendra plus tard la division est de la Ligue Canadienne de Football ou LCF).


La première Coupe Grey, Université de Toronto contre Parkdale Canoe Club, 1909

Ce n’est qu’à partir de 1921 (l’année suivant la fondation de ce qui deviendra la NFL) que les équipes de l’ouest du pays (Western Inter-Provincial Rugby Football Union, qui deviendra plus tard la division ouest de la LCF) commencèrent à faire partie de la compétition pour la Coupe Grey.  Il faut dire que le pays est immense, que les moyens de transport n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui et que les clubs sont toujours considérés comme amateurs.  (Certains joueurs peuvent gagner leur vie à jouer au hockey, qui est lui, professionnel, ou recevoir des « cadeaux » pour jouer, mais à la base les moyens sont limités.)  C’est pourquoi qu’à part pour le tournoi de la Coupe Grey, les clubs de l’est n’affrontaient pas ceux de l’ouest.

C’est en 1929 que la passe avant commença à être utilisée, dans l’ouest.  (Elle l’était au sud de la frontière, où on s'était éloigné de cette règle du rugby, depuis 1906.)  Elle fut officiellement acceptée à grande échelle en 1931.  La situation avantagea les Winged Wheelers de Montréal, qui avaient au quart Warren Stevens, un américain, familier avec cette tactique, et qui étudiait à McGill.  Il faut dire qu’à ce moment, comme les clubs sont amateurs, les joueurs sont essentiellement locaux et la présence d’américains est rarissime.  Montréal en profita pour remporter la Coupe Grey.  (voir texte du 7 novembre 2013)

Au début des années 1930, le club de Winnipeg se mit à embaucher des joueurs américains.  Devant le succès qu’il remporta à mettre fin à l’hégémonie de l’est en 1935, une règle fut mise en place pour limiter leur nombre au sein d’une équipe.  Par contre, comme ceux-ci étaient des professionnels, cette règle eut pour effet d’officialiser le professionnalisme. (voir texte du 22 novembre 2012)

En 1956, la valeur d’un touché passa de cinq (comme au rugby) à six points, chose qui était déjà en place aux États-Unis depuis 1912.

C’est en 1958 que l’est (IRFU) et l’ouest (WIRFU) s’allièrent formellement pour former la Ligue Canadienne de Football.  Depuis, seulement ses équipes sont éligibles à disputer la Coupe Grey, éliminant ainsi les clubs seniors.  (Les clubs universitaires avaient cessé d’y aspirer depuis longtemps.)

C’est en 1961 que commencèrent les rencontres régulières (autres que le match de la Coupe Grey) entre les équipes de l’est et de l’ouest.   

Jusqu’au milieu des années 1980, un noir qui tenait à jouer comme quart n’avait presque que la LCF comme débouché.  (voir textes du 5 septembre 2012, du 7 et du 20 septembre 2013)

Aujourd’hui, les deux types de football conservent plusieurs distinctions, qui font en sorte de rendre le jeu différent.  On peut en préférer un ou l’autre, ou apprécier les deux.

Les trois essais (au lieu de quatre), le terrain (110 verges versus 100) et les zones de but plus grands et plus larges, les receveurs en mouvement et la verge entre les deux lignes de mêlée favorisent le plus long jeu, la passe et l’offensive.  Ils offrent aussi la possibilité de compter sur des joueurs agiles, mais qui sont considérés comme trop petits pour la NFL.

Parmi les autres différences, on retrouve :

-20 secondes pour mettre le ballon en jeu au lieu 45 et un temps d’arrêt par demie au lieu de trois, ce qui accélère le rythme du jeu;

-12 joueurs au lieu de 11;

-Un simple (ou un rouge, bon pour un point) pour un botté qui se retrouve dans la zone des buts (incluant une tentative de placement ratée);

-Immunité de 5 verges sur un attrapé de botté, pas de « fair catch »;

-21 des 44 joueurs doivent être canadiens, dont 7 partants;

-Le poteau des buts à l'avant de la zone de buts (comme au rugby), plutôt qu'au fond.

Comme on l’a vu, les deux versions sont légitimes.   Elles sont toutes deux originaires du rugby, mais ont simplement évolué différemment.  Il n’y en a pas une qui est plus « vraie » que l’autre.  Les deux sont aussi riches en histoire.

Personnellement, je préfère la version canadienne, que j’estime plus offensive, ouverte et créative, avec un rythme plus soutenue.  Évidemment, elle ne bénéficie pas du puissant et lucratif marché américain.  (Une expansion du côté américain fut tentée entre 1993 et 1995, mais celle-ci s’avéra un échec.)  Les sommes impliquées dans la LCF (salaires, droits de télévision, produits dérivés, etc.) n’ont aucune commune mesure avec ce qu’on retrouve dans la NFL.  L’ampleur de la mise en marché non plus. 

Par contre, l’écart provient d'abord des faramineux droits que verse la télévision américaine.  Jusqu’au début des années 1960, alors que les revenus provenaient presque exclusivement de la vente de billets, les deux ligues se livraient une lutte pour le meilleur talent.  Des joueurs ont signé des ententes avec des équipes de la LCF, parce que plus lucratives que ce qu’offrait la NFL.  La télévision, appuyée par une population dix fois plus importante que la nôtre, est venue tout changer.

Mais il en résulte du sport à une dimension plus humaine, ce qui peut avoir un certain charme dans un monde du sport marqué par la démesure.

Sources :

Currie, Gordon, 100 Years of Canadian Football, Pagurian Press, 1968, p.17 à 19, 39 à 43, 85 à 98, 136,

Lemay, Daniel, Montréal Football, un siècle et des poussières, Éditions La Presse, 2006, p.35 à 42,

wikipedia.org.

dimanche 9 février 2014

Neil et Jesse Lumsden


Après une saison 1975 record de 146 points avec les Gee-Gee’s de l’Université d’Ottawa, et une saison parfaite (11-0) qui a culminé avec une victoire à la Coupe Vanier et un titre de joueur du match, Neil Lumsden fut choisi par les Argonauts de Toronto.
 
Utilisé comme demi offensif et centre arrière, mais aussi parfois comme botteur, Lumsden ne mit pas de temps à s’illustrer avec les Argos.  Il se mérita alors le titre de recrue de l’année dans la division est de la LCF.  Il fut ensuite échangé aux Tiger-Cats d’Hamilton au cours de la saison 1978, mais c’est à son arrivée avec Edmonton en 1980 qu’il eut vraiment l’opportunité de briller.  Les Eskimos venaient de remporter les deux dernières Coupes Grey et, maintenant pilotés par le quart Warren Moon (voir texte du 5 septembre 2012), ils ne semblaient pas prêts de s’arrêter.  
 
Lumsden fit ainsi partie des équipes championnes de 1980, 1981 et 1982.  Au total, les cinq Coupes consécutives des Eskimos constituent toujours un record.  En 1981, Lumsden fut nommé meilleur joueur canadien du match, suite à sa performance de 8 réceptions pour 91 verges.
 
Il joua ainsi avec les Eskimos jusqu’en 1985, avant de prendre sa retraite.
 
Lumsden revint dans la LCF en 1997, lorsqu’il fut nommé directeur-gérant des Tiger-Cats.  Il y sera jusqu’en 2000.  Cette période correspond d’ailleurs à une période heureuse pour l’équipe de la ville de l’acier (entre deux qui le sont beaucoup moins), lorsqu’elle se rendit en finale en 1998 et 1999, la remportant la deuxième fois.
 
Il fut également impliqué à haut niveau dans l’organisation des championnats mondiaux de cyclisme, tenus à Hamilton en 2003.
 
Son fils Jesse a probablement bien peu de souvenirs d’avoir vu son père jouer professionnellement, puisqu’il est né en 1982.  Par contre, ça ne l’a pas empêché de suivre ses traces.  Jouant également comme demi offensif, il prit par contre le chemin de l’Université McMaster, à Hamilton.
 
En 2004, il se mérita les Trophée Hec Crighton, remis au meilleur joueur universitaire au Canada.  Tout comme Mike Schad (voir texte du 1er octobre 2012) et Samuel Giguère, il fut invité au East-West Shrine Bowl, ce qui lui donna de la visibilité au sud de la frontière.  Cette rencontre, commanditée par les Schriners, a la particularité d’être ouverte autant aux Américains qu’aux Canadiens.  (Les règles utilisées sont toutefois celles des États-Unis.)  Tout comme dans le cas de Schad et de Giguère, ceci déboucha sur une opportunité au sein d’une équipe de la NFL.  C’est alors que, malgré qu’il ait été repêché sixième au total à l’encan de 2005 de la LCF par les Tiger-Cats, il décida de tenter sa chance avec les Seahawks de Seattle.  Lorsqu’il fut coupé, il reprit le chemin d’Hamilton et fit ses débuts comme professionnel.
 
 
En 2006, il retenta sa chance, avec les Redskins de Washington cette fois, mais avec les mêmes résultats.  Il se refit donc une place avec les Ticats. 
 
Comme sa saison 2007 ne fut pas écourtée par une présence à un camp de la NFL comme ce fut le cas au cours des deux années précédentes, il eut l’occasion de jouer plus et d’amasser plus de verges.  Il en accumula 743 au sol et 348 par la passe, étant choisi sur l’équipe d’étoiles de l’est, dans une saison au cours de laquelle il fut quand même blessé.
 
Dans ce qui devenait de plus en plus une tendance, sa saison 2008 fut affectée par des blessures. 
 
Devenu agent libre, Jesse suivit à nouveau les traces de son père, en signant avec les Eskimos.  Par contre, dès son premier match, il subit une blessure qui mit fin à sa campagne.  Libéré à la fin de la saison, il n’a donc joué qu’un seul match dans l’uniforme jaune et vert. 
 
En 2010, il passa du temps avec les Stampeders de Calgary, où il fut de nouveau blessé.  Mais entre temps, il avait ajouté une corde à son arc.  Il était devenu membre de l’équipe canadienne de bobsleigh de Pierre Lueders, médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Nagano en 1998 et d’argent à ceux de Turin en 2006.  Lumsden participa aux Jeux de Vancouver (les dernières compétitions de Lueders), où son équipe termina cinquième, autant dans la compétition à deux que dans celle à quatre.
 
Se consacrant maintenant exclusivement au bobsleigh, il fait équipe avec le pilote Lyndon Rush.   La paire remporta d’ailleurs en 2012 une épreuve de la Coupe du Monde et termina deuxième aux championnats du monde en 2012.
 
 
Encore ici, son parcours a des similitudes celui de Samuel Giguère, qui comme lui, a tenté sa chance au bobsleigh.  Toutefois, seulement Lumsden a obtenu son billet pour Sotchi.  On lui souhaite la meilleure des chances et que contrairement à sa carrière de football, le sort lui soit favorable.
 
Sources :  cflapedia.com, jesselumsden.ca, olympique.ca, wikipedia.org.

vendredi 10 janvier 2014

John Carlos

Originaire d’Harlem, mais de descendance cubaine, John Carlos obtint une bourse d’athlétisme de l’Université East Texas State.  Ayant aidé cette université à se distinguer, il attira l’attention et passa en 1967 à San Jose State où il fut entraîné par celui qui deviendra l’entraîneur national américain, Bud Winter.
 
Il se mérita d’abord la médaille d’or au 200m des Jeux PanAm de Winnipeg en 1967.  Puis vint les qualifications pour les Jeux Olympiques de Mexico, en 1968.  Il surprit alors en battant le record du monde au 200m de son coéquipier à San Jose State, Tommie Smith.  Le record ne fut par contre jamais homologué pour une question de crampons.
 
Smith et Carlos furent ensuite parmi les fondateurs du mouvement « Projet olympique pour les droits de l’homme ».  En pleine période du Mouvement des droits civiques, ils appelèrent au boycott.  Ils voulaient entre autres dénoncer la présence des régimes ségrégationnistes d’Afrique du Sud et de Rhodésie, en plus de réclamer plus d’entraîneurs noirs au sein la délégation américaine, la démission du président du CIO, l’américain Avery Brundage et le retour du titre de champion du monde à Muhamed Ali.  Lorsqu’après diverses tractations et négociations avec les pays concernés, le CIO retira les invitations à l’Afrique du Sud et à la Rhodésie, Smith et Carlos décidèrent de participer.
 
À Mexico, Smith gagna l’or et Carlos, le bronze.  Lors de la cérémonie de remise des médailles, ils décidèrent de baisser la tête et de lever leur poing ganté, en signe du Black Power.  Ils ne portaient également pas de souliers, pour symboliser la pauvreté qui sévissait chez les afro-américains.  Quant au médaillé d’argent, l’australien Peter Norman, il porta en soutien un écusson du Projet olympique des droits de l’homme.  Brundage n’apprécia pas la démonstration.  Il fit suspendre Smith et Carlos de l’équipe américaine et les expulsa du village olympique.

Carlos retourna ensuite à San Jose State, où il contribua à les mener à leur premier titre national de la NCAA en 1969.
 
Dans la foulée de Bob Hayes, un sprinter qui réussit sa conversion en footballeur en connaissant une belle carrière avec les Cowboys de Dallas, Carlos fut repêché par les Eagles de Philadelphie.  Ils en firent leur choix de 15e ronde en 1970.  Par contre, il subit une blessure et ne joua jamais avec eux.
 
En 1971, les Alouettes lui accordèrent un essai.  Il s’amena alors au cinquième match de la saison au sein d’une équipe soudée par la victoire surprise à la Coupe Grey, l’année précédente.  De son côté, il n’avait pratiquement jamais joué au football et, de son propre aveu, il avait des problèmes d’argent.  C’était une période où l’athlétisme ne rendait vraiment pas millionnaire…
 
J.I. Albrecht (le directeur-gérant des Alouettes) utilisa alors la mauvaise formulation de la définition de « non import » (joueur canadien en version française) pour faire désigner Carlos ainsi.  Comme Carlos n’avait jamais joué un match aux États-Unis (il avait participé au camp des Eagles, mais sans jouer de match), il n’était pas un « import ».   Il devint donc un « non import », même s’il était citoyen américain…
 
Ce n’est par contre qu’une des raisons pour laquelle il reçut plus que sa part d’attention médiatique, sa notoriété étant grandement établie.  En plus, il était habitué à un sport individuel et n’hésita pas à faire son autopromotion en réclamant le ballon plus souvent.  Par contre, il y avait un problème.  Il demeurait un novice en termes de football.  Il avait beau être très rapide, il avait de la difficulté à attraper un ballon et à suivre un tracé.  Sa présence fut une distraction et souleva la grogne chez ses coéquipiers.
 
Ce fut l’un des problèmes des Alouettes, qui passèrent de champions de la Coupe Grey à une équipe qui rata les séries.  Au total, Carlos joua 9 matchs et capta 5 passes pour 44 verges.  Il obtint également 117 verges sur les retours de botté.
 
En 1972, Carlos tenta sa chance du côté des Argonauts, qui le libérèrent pendant le camp d’entraînement.
 
Il travailla par la suite pour le fabricant d’équipements sportifs Puma, pour le Comité olympique américain, pour le Comité organisateur des Jeux de Los Angeles en 1984 et en tant qu’entraîneur. 
 
En 2003, il fut élu au Temple de la Renommée des États-Unis de l’athlétisme.  En 2005, une statue montrant la scène de la remise des médailles à Mexico fut dévoilée sur le campus de San Jose State.  En 2011, Carlos prit la parole lors de « Occupy Wall Street. »
 
Sources : 
 
Lemay, Daniel, Montréal Football : un siècle et des poussières, Éditions La Presse, 2006, p.165-166, 170,
 
« John Carlos :  J’ai des problèmes d’argent et je réussirai avec les Alouettes » de Maurice Brodeur, semaine du 22 juillet 1971, La Patrie, p.55, 
« Alouette-to-be Carlos wouldn’t play anywhere but here » de Doug Gilbert, 14 août 1971, Montreal Gazette, p.13,
« His teammates blaming Carlos as disruptive influence » de Ted Blackman, 11 octobre 1971, Montreal Gazette, p.15,
« Fairholm hopes meeting will make Alouettes jell » de Ted Blackman, 13 octobre 1971, Montreal Gazette, p.13, cflapedia.com, wikipedia.org.

dimanche 5 janvier 2014

Virgil Wagner


Après avoir été repêché par les Lions de Détroit et de retour de la guerre, Virgil Wagner se présenta à Montréal en 1946, pour la saison initiale des Alouettes. Il s’installa alors dans leur champ arrière.  Il ne mit pas de temps à s’illustrer au sein d’une équipe qui partait de loin, allant même jusqu’à se mériter le titre de meilleur pointeur de la ligue, à égalité avec la légende des Argonauts, Joe Krol.  À cette époque, peu de statistiques étaient compilées, mais les points comptés en était une.  Cette année-là, Wagner compta 65 points, alors que les touchés valaient à ce moment cinq points.
 
L’année suivante, non seulement il gagna le championnat des pointeurs (seul cette fois), mais il se mérita aussi le Trophée Jeff-Russel, remis à ce moment au meilleur joueur du Big Four (ce qui est aujourd’hui la division est de la LCF).
 
Il remporta à nouveau le championnat des pointeurs en 1948 et en 1949 et demeure encore aujourd’hui le seul joueur à se mériter ce titre quatre années de suite.  Il fut évidemment choisi sur l’équipe d’étoiles lors de ces quatre années.
 
L’année fut également marquée par la première présence des Alouettes à la finale de la Coupe Grey.  Aidé par les deux touchés de Wagner et la présence du quart Frank Filchock, les Zoiseaux se méritèrent un premier titre, 28-15, face aux  Stampeders.
 
Wagner demeura ensuite avec l’équipe, qui connut une période plus creuse au début des années 1950.  Par contre, l’arrivée de Sam Etcheverry, Red O’Quinn et Hal Patterson permit à l’équipe de non seulement rebondir, mais de devenir une puissance.  En 1954, les Alouettes se rendirent à la finale de la Coupe Grey contre les Eskimos.  Faisant figure de favori, Montréal dut s’incliner sur un jeu controversé.  Chuck Hunsinger commit un revirement que Jackie Parker (voir texte du 16 février 2013)( retourna sur 90 verges.  C’est ainsi que se termina la carrière de joueur Wagner, puisqu’il prit sa retraite.  À ce moment, ses 79 touchés représentaient un record de la ligue.
 
Il alla par la suite travailler pour le gouvernement américain.
 
Le 10 octobre 1955, les Alouettes retirèrent son numéro 78 en même temps que le 56 de son coéquipier Herb Trawick (voir texte du 19 décembre 2012), un autre membre de l’édition originale des Alouettes.  Par contre, ce fait est tombé dans l’oubli lors de la dissolution de l’équipe en 1987.  Lorsque le club revint en 1996, on passa outre à la référence au retrait du numéro de Wagner.  Ce n’est qu’en 2012, que l’omission fut corrigée, suite à des démarches entreprises par sa famille auprès de l’équipe.  On peut maintenant voir la référence au 78 de Wagner au Stade Percival-Molson.  (Maintenant, si seulement les Canadiens pouvaient corriger le même oubli qui a été fait pour le 4 d’Aurèle Joliat…)  Décédé en 1997, il n’a toutefois pas pu en être témoin lui-même.
 
Il a par contre pu être de son vivant témoin de son intronisation au Temple de la Renommée du Football Canadien, en 1980.
 
Sources: “Playing the Field: A Day for Virg and Herb” de Dink Carroll, 11 0ctobre 1955, Montreal Gazette, p.22, “Wagner elected to Hall” 14 juin 1980, Canadian Press, Montreal Gazette, p.88, “Calvillo et Whitaker en osmose” d’Olivier Arbour-Masse, 6 juillet 2012, (radio-canada.ca), cfhof.ca, cflapedia.com, thecanadianencyclopedia.com.