mercredi 3 août 2016

Lionel Conacher

Lionel "Big Train" Conacher fut un type d'athlète comme il ne s'en fait plus.  La manière dont le sport amateur est constitué de nos jours me fait douter que des gens comme Lionel Conacher en son temps puissent exceller dans autant de sports que ce dernier, ne serait-ce que par le coût de l'équipement.  De plus, lorsqu'ils sont pratiqués à au niveau, certains sports se déroulent douze mois.

Lionel Conacher connut une carrière professionnelle dans pas moins de quatre sports.  Et bien qu'il connut une carrière remarquable sur la glace, ce ne fut pas en tant que hockeyeur qu'il préférait compétitionner...  Lionel Conacher est d'ailleurs membre des Temples de la Renommée de la crosse, du football canadien et du hockey...

Lionel Conacher est né en 1901 à Toronto dans une famille ouvrière qui comptera 10 enfants. Ses frères Roy et Charlie deviendront également des grands joueurs de hockey et constitueront avec Lionel l'unique trio de frères membres du Temple de la Renommée du hockey.  Conacher dût abandonner l'école très tôt pour aider sa famille.  Il décida alors que ce n'était pas en tant qu'ouvrier mais en tant que sportif qu'il allait gagner sa vie.

Le sport de prédilection de Conacher était le football.  C'est à 11 ans qu'il débuta la pratique de ce sport. Et bien que son attention fut portée sur le terrain hachuré, Conacher en vint à pratiquer plusieurs autres sport sur une base régulière, comme la crosse et le baseball. Ce n'est par contre que sur le tard que Conacher se mit au hockey.  Il n'apprit à patiner qu'à l'âge de 16 ans mais comme il était un athlète complet et robuste, il devint un excellent joueur assez rapidement.   Évoluant à la défense, on peut se douter que son expérience en tant que joueur de football lui donna un caractère assez agressif.  Après avoir joué pour quelques petites équipes, Conacher se joignit aux Toronto Canoe Club juniors pour la saison 1919-20.  Il remporta d'ailleurs lors de cette saison la Coupe Memorial qui en était alors à sa deuxième saison d'existence.

C'est à cette période qu'il refusa son premier contrat professionnel au hockey, préférant se concentrer sur sa carrière au football.  Il refusa donc l'offre des St.Pats de Toronto de 3000$ par année.  À noter aussi qu'à cette époque, il cogna le coup de circuit qui allait donner le championnat à son équipe de baseball.  Il aurait par la suite prit un taxi pour se rendre à un match de crosse où il aurait aidé son équipe à surmonter un déficit de 3-0 en marquant 4 buts.  Durant cette même année 1920, Conacher fut couronné champion de boxe mi-lourd. Il disputa d'ailleurs un match de 4 rounds contre le légendaire Jack Dempsey en 1922...

Lionel Conacher se joignit aux des Argonauts de Toronto, alors un club amateur, en 1921.  Il remportera d'ailleurs la Coupe Grey avec l'équipe lors de sa première saison.  Toujours évoluant dans le hockey amateur mais cette fois avec une équipe nommée Aura Lees, Conacher refusa l'offre des Canadiens de Montréal de 5000$ par année en 1922.  Et le talent brut de Conacher fut remarqué à cette époque au sud de la frontière et en 1923, on offrit une bourse d'étude à Conacher pour la Bellefonte Academy de Pittsburgh.  Devant cette opportunité, Conacher quitta donc le Canada afin d'aller s'établir dans la ville de l'acier.  C'est à cette époque que le hockey prit plus de place dans sa vie.  Il devint l'un des piliers des Yellow Jackets de Pittsburgh de la United States Amateur Hockey Association, menant l'équipe à un championnat lors des deux saisons où il évolua avec ces derniers. En 1925, les Yellow Jackets furent rachetés et devinrent une équipe de la NHL, les Pirates de Pittsburgh.  C'est à cette occasion que Lionel Conacher décida de devenir un joueur de hockey professionnel, le hockey étant notamment plus payant que le football.

C'est donc dans l'uniforme des Pirates de Pittsburgh que Conacher débuta sa glorieuse carrière de hockeyeur professionnel.  Il marqua d'ailleurs le premier but de l'histoire de l'équipe.  Le geste s'est fait le 26 novembre 1925 contre les Bruins de Boston.  Bien qu'il fut le joueur vedette de l'équipe, Conacher fut échangé à la fin de la saison aux Americans de New York.  À la même période, en 1926, Conacher évolua au baseball professionnel avec les Maple Leafs de Toronto de la Ligue internationale durant 3 matchs.  Conacher, maintenant réuni avec son ami d'enfance Billy Burch, évoluera durant 4 saisons à New York avant d'être échangé aux Maroons de Montréal en 1930.  Il connut de très bonnes saisons avec les Maroons, dont sa meilleure saison sur le plan statistique en 1932-33, avec 7 buts et 21 passes en 28 matchs.

Lors de son premier passage à Montréal, Conacher se remit à pratiquer plusieurs autres sports.  Il devint un lutteur professionnel et ne perdit aucun match.  Reste à savoir si ce sport était déjà arrangé à cette époque...  Et lorsque qu'il devint joueur de hockey professionnel, Conacher perdit le droit de pouvoir pratiquer un autre sport amateur. Ceci a fait en sorte que lorsque la piqûre du football lui reprit, Conacher fonda la première ligue de football canadien, rien de moins...  En 1933, son équipe se nommait le Crosse and Blackwell Chefs de Toronto (du nom du commanditaire).  En 1934, ils se nommeront les Wrigley Aromints.

Il évoluera également à la crosse au niveau professionnel avec les Maroons de Montréal (qui avaient aussi un club de ce sport) à cet époque...

Au hockey, Conacher connut qualitativement la meilleure saison de sa carrière à Chicago lorsque les Maroons l'échangèrent en 1933 contre un joueur nommé Teddy Graham.  Il s'agit en fait de la première fois de sa carrière où il ne fut pas échangé contre de l'argent.  D'ailleurs, si vous ne l'aviez pas remarqué encore, Conacher passa la majeure partie de sa carrière de hockeyeur au sein d'équipes qui n'ont pas survécu à la crise économique des années 1930... C'est donc en tant que redoutable défenseur des Blackhawks de Chicago que Lionel Conacher remporta sa première Coupe Stanley en 1934.  Il fut d'ailleurs sélectionné au sein la première équipe d'étoile pour la première et unique fois de sa carrière.  Il fut également second au chapitre des votes pour le trophée Hart lors de cette saison derrière Aurèle Joliat, le célèbre numéro 4 des Canadiens.

Parlant des Canadiens, Lionel Conacher fut un Canadien le temps d'un après-midi.  En 1934, il fut impliqué dans l'échange d'Howie Morenz à Chicago.  Les Canadiens obtinrent ses services et ceux de Leroy Goldsworthy et Roger Jenkins en retour de Morenz, du gardien Lorne Chabot et du défenseur Marty Burke.  Mais Conacher ne fut un joueur des Canadiens qu'une seule journée.  Il fut échangé le même jour aux Maroons.  C'est donc dans l'uniforme des Maroons qu'il remportera pour la deuxième saison consécutive la Coupe Stanley, en 1935.  Conacher évoluera à Montréal jusqu'à la saison 1936-37 lorsqu'il prit sa retraite.  La même année, il fut encore une fois deuxième au chapitre des votes pour le trophée Hart, mais derrière Babe Siebert cette fois. Il quitta donc le monde du sport professionnel sur une bonne note.

Aussitôt sa carrière de sportif terminé, en 1937, Conacher fut élu à l'Assemblée législative de l'Ontario dans le comté torontois de Bracondale, poste qu'il occupera jusqu'en 1943.  En 1949, il fut élu député dans un autre district torontois, Trinity, toujours sous la bannière libérale.  Il fut réélu en 1953 et c'est lors d'un match de balle molle entre les membres du parlement et la presse en mai 1954 que Lionel Conacher mourut d'une crise cardiaque à l'âge de 53 ans...

Lionel Conacher fut nommé plus grand athlète canadien de la première moitié du XXe siècle en 1950.

Le trophée remis annuellement par la Presse Canadienne au meilleur athlète canadien se nomme le trophée Lionel Conacher.  Wayne Gretzky l'emporta à titre d'athlète du siècle en 1999.

En plus de ses frères Roy et Charlie, son fils, Brian Conacher, évolua quelques saisons avec les Maple Leafs, remportant la Coupe Stanley avec ces derniers en 1967.  Quant à Lionel Jr, il fut un choix de première ronde des Alouettes en 1960, avec qui il passa une saison.

Initialement publié sur http://pucktavie.blogspot.ca/
 

jeudi 28 juillet 2016

Les équipes qui appartiennent à la communauté


Le monde du sport professionnel peut difficilement être plus capitaliste.  Les sommes impliquées sont considérables.  Les négociations sont âpres et laissent peu de place aux sentiments.  Pourtant, il y a des exceptions : les équipes qui appartiennent à la communauté.
 
Encore aujourd’hui, il s’agit d’une structure qu’on retrouve au football canadien et ce, pour des raisons historiques.
 
Au Canada, le football est devenu professionnel bien après le hockey.  À la base, il s’agissait de clubs amateurs.  (Les ancêtres des Alouettes, les Winged Wheelers, voir texte du 7 novembre 2013, étaient liés au club athlétique M.A.A.A., qui existe toujours d’ailleurs.)  C’est lorsque les plus prospères de ces clubs commencèrent à offrir toutes sortes de « cadeaux » aux meilleurs joueurs qu’ils s’engagèrent graduellement vers le professionnalisme (de façon discrète d’abord, puis officielle ensuite).  

Regina Football Club (1919)
 
Actuellement, les Blue Bombers de Winnipeg, les Roughriders de la Saskatchewan et les Eskimos d’Edmonton sont toujours détenus, d’une manière ou d’une autre, par la communauté.
 
Par contre, lorsque l’équipe traverse des difficultés financières, c’est plus compliqué.  Il n’y a pas de propriétaire(s) aux poches profondes pour essuyer les pertes des années maigres.  Dans les cas où la communauté supporte parfaitement l’équipe, des solutions peuvent être trouvées, comme les collectes de fonds qui ont déjà été organisées pour les Roughriders de la Saskatchewan dans le passé.  Mais lorsque ça ne fonctionne pas, l’équipe doit être vendue pour ses dettes, comme c’est arrivé en 1989 aux Lions de la Colombie-Britannique.  Une situation semblable a eu lieu à Calgary en 1991.
Ken Ploen, des Blue Bombers
 
Par ailleurs, le fonctionnement actuel des différentes ligues n’est pas favorable à ce modèle.  Dans la NFL, les Packers de Green Bay sont les seuls à fonctionner de cette manière.  Ils bénéficient ainsi d’une clause grand-père, puisque le circuit Goodell ne le permet plus.  De toute façon, avec la valeur des équipes existantes et les frais d’expansion considérables exigés pour les nouvelles franchises, amasser une telle somme pour un groupe communautaire serait carrément impossible.
 
Et s’il reste des clubs détenus par la communauté dans la division ouest de la LCF, il n’en reste plus dans l’est.  En plus des Alouettes, les Argonauts sont devenus de propriété privée en 1956.  À ce moment, le Argonaut Rowing Club a décidé de vendre son club de football pour générer des fonds pour ses activités d’aviron.  C’est John Bassett, le futur fondateur du réseau CTV, qui s’en porta acquéreur.
 
En 1960, le Big Four (ce qui est devenu la division est de la LCF) a statué que ses équipes devaient être de propriété privée.  Il faut dire qu’à ce moment, plusieurs clubs avaient des structures électives.  De hauts dirigeants élus pour des mandats courts, souvent d’un an, ne pouvaient apporter de la stabilité.  Des discussions au niveau de la ligue devaient souvent être reprises, étant donné l’arrivée de nouveaux interlocuteurs.
 
Larry Highbaugh, des Eskimos
Les Tiger-Cats d’Hamilton furent alors acheté par un groupe.  Quant aux Rough Riders d’Ottawa, ils furent vendus pour une somme symbolique à ses huit directeurs.
 
Par contre, on retenta l’expérience de l’équipe communautaire à Ottawa de 1987, alors que le propriétaire Allan Waters en fit don à la communauté.  En 1991, le groupe dut vendre l’équipe pour ses dettes.  À Hamilton, on retenta le coup de 1992 à 1995.
 
Sources : “Kinsella’s Corner“ de Jack Kinsella, Ottawa Citizen, 29 janvier 1960, p.15, 1er février 1960, p.9, « Is American Football for the birds?” de Trent Frayne, Ottawa Citizen, 27 août 1960, Magazine Section, ”$0.96 Investment Pays Big Dividend », AP, Sarasota Herald –Tribune, 4 décembre 1964, p.31, “Waters offers Rough Riders as a gift to community group” de Lynn McAuley et “Team expected to become community-owned by Feb. 1st” de Tom Casey, 22 novembre 1986, Ottawa Citizen, « Cherishing the important things in your life » de David Estok, 29 novembre 2014, Hamilton Spectator (thespec.com), wikipedia.org.

jeudi 14 juillet 2016

Les Schooners de l'Atlantique

 
Les Roughriders de la Saskatchewan sont l'équipe la plus populaire de la LCF.  Ce sont entre autres eux qui vendent le plus de produits dérivés.  Malgré qu'ils évoluent dans le plus petit marché de la ligue, ils sont tout de même très populaires par le fait qu'il s'agit du seul sport professionnel de la province.  Suivant cette petite logique, on peut se demander pourquoi il n'y a pas plus d'équipes dans les villes canadiennes où il n'y a pas de hockey professionnel?  Pourquoi pas quelques équipes dans différentes villes des maritimes comme à Moncton, à St.John's ou à Halifax?  En fait, pour ce qui en est de la dernière ville nommée, non seulement on discute depuis toujours d'une expansion dans cette ville, mais la LCF a passé plus que très près d'avoir une équipe dans cette ville, les Schooners de l'Atlantique...

Nous sommes en 1984.  La LCF a décidé d'accorder une équipe à la ville d'Halifax.  La personne à l'avant-plan afin de faire naître la franchise était J. I. Albrecht, ancien administrateur des Alouettes durant les années 70. L'attribution de la franchise était toutefois conditionnelle à une chose, la construction d'un stade pouvant accueillir le football de la LCF... Ne pouvant recueillir les fonds nécessaires pour la construction du stade, la LCF a annulé la franchise... Ce fut le plus près qu'Halifax a été d'avoir une franchise de la LCF...

Non seulement le logo avait été créé, mais plusieurs légendes urbaines font état de l'imminence de l'arrivée de l'équipe...  Une de ces histoires est relative au fait qu'Albrecht aurait acheté le tableau afficheur du stade de Foxboro et que celui-ci serait dans un garage de Dartmouth.  Une autre légende atteste que le gazon pour le stade aurait été acheté et que lorsque la franchise fut annulée, il aurait été lancé à la mer...

Néanmoins, les Schooners demeurent toujours un fort élément de la culture sportive des Maritimes, un rendez-vous raté... Ces légendes urbaines en font foi...

Gageons que le nom Schooners sera utilisé si la LCF en vient un jour à s'étendre dans les Maritimes.

Initialement publié sur http://pucktavie.blogspot.ca/

mercredi 6 juillet 2016

Johnny Rodgers aime Botté d'envoi


Ce fut une agréable surprise de voir que Johnny Rodgers avait mis un lien sur sa page Facebook vers le texte de Botté d'envoi à son sujet.



On le salue!

mercredi 29 juin 2016

Le Stade Frank Clair

Central Canada Exhibition — “SuperEX” — Frank Clair Stadium 11


Voici une superbe photo du Frank Clair Stadium d'Ottawa au début des années 50. À cet époque, le fameux stade des Rough Riders de la Capitale fédérale accueillait également du baseball de niveau AAA. En 1951, les Giants de New York y établirent un club-école AAA de la International League, le même circuit dans lequel évoluaient les Royaux de Montréal. (C'est comme au hockey, la Ligue internationale était inférieure à la Ligue "nationale" ou la Ligue "américaine"...)  La saison suivante jusqu'en 1954 l'équipe fut nommée les Athletics d'Ottawa et étaient affiliés aux Athletics de Philadelphie, les ancêtres des A's d'Oakland.  En 1955, l'équipe déménagea à Columbus et fut renommée les Jets, étant toujours affiliés à des A's qui étaient maintenant à Kansas City.

Comme on peut le voir sur la photo, il est tout de même étrange qu'on ait pu penser un jour qu'aménager un terrain de baseball de la sorte pour accueillir une équipe de baseball AAA soit une bonne idée. On ne se surprendra pas de savoir que ça n'a pas été refait par la suite...

Le Frank Clair Stadium a été construit en 1908 et y a accueillit les Rough Riders dès son ouverture jusqu'à la dissolution de l'équipe en 1996.  Les Renegades d'Ottawa y ont également évolué lors de leur courte vie.  Les Gee Gees de l'Université d'Ottawa et les Ravens de Carleton y ont aussi évolué. Le stade a ensuite été reconstruit pour accueillir le Rouge et Noir.  Il porte maintenant le nom de Place TD.

À noter que le Civic Centre d'Ottawa, aréna où y évoluaient les Sénateurs de la LNH à leur début, et où évoluent les 67's de la Ligue de hockey de l'Ontario, est sur le même site.
 

samedi 28 novembre 2015

Le Mud Bowl


En 1950, la Coupe Grey a eu lieu à Toronto, au Varsity Stadium.  Le stade de l’Université de Toronto n’avait déjà pas le plus beau terrain à ce moment.  Mais ce n’était pas tout.  Chose inhabituelle pour Toronto à la fin novembre, vingt centimètres de neige étaient tombés.  Un camion devait dégager le terrain, mais lorsque la neige s’est changée en pluie, il s’est embourbé.  Un autre camion a dû intervenir pour le tirer de là, avec l’effet que l’on peut imaginer sur l’état du terrain.
 
Au début du match, les conditions étaient déjà affreuses.  Il y avait des flaques de boue et des morceaux de glace.
 
Au niveau sportif, les Argonauts étaient légèrement favoris face aux Blue Bombers.  La pluie constante n’allait pas arranger les choses à l’attaque portée vers la passe de Winnipeg.
 
Au premier quart, un botté de Joe Krol s’est retrouvé dans la zone des buts pour ouvrir la marque avec un simple, 1-0 Argos.

Au deuxième quart, le botteur Nick Volpe a enchaîné avec deux placements et porté le pointage à 7-0 à la demie.
 
https://www.youtube.com/watch?v=qSXLROlS1S4

Les Bombers ont alors demandé une permission spéciale pour changer leurs uniformes complètement souillés, ce qui pouvait impliquer de changer de numéro des joueurs.  La permission leur a été accordée.  Les deux équipes ont ainsi retourné sur le terrain, qu’aucune toile ne protégeait pendant la pause.
 
S’est ensuite passé un événement qui a marqué l’imaginaire.  L’arbitre Hec Creighton a aperçu Buddy Tinsley allongé, face au sol.  Creighton a alors retourné l’imposant joueur de ligne des Bombers sur le dos.  La légende veut que Tinsley était sur le point de se noyer dans une marre d’eau.  Tinsley a plus tard assuré que ce n‘était pas le cas.  Selon sa version des faits, il avait aggravé une blessure et comme on avait enrubanné son genou de façon très serrée, il avait de la difficulté à bouger.
 
Le quart des Argos Al Dekdebrun a eu le dessus sur son vis-à-vis Jake Jacobs, qui a accordé quelques revirements dans des conditions lamentables.  Dekdebrun a marqué lui-même le seul touché du match sur une course de quatre verges.  Ce dernier avouera plus tard qu’il avait pu mieux contrôler les éléments en demandant au soigneur d’enrubanner des broches à ses doigts pour pouvoir avoir une meilleur emprise sur le ballon.
 
 
Toronto l’a emporté 13-0, dans ce qui a été la première de cinq Coupes Grey de l’entraîneur Frank Clair.  Il s’agit de la dernière fois qu’une équipe ait été blanchie à la Coupe Grey.
 
Sources :
 
Currie, Gordon, 100 Years of Canadian Football, Pagurian Press, 1968,
 
Drake, Stephen, Weird facts about Canadian Football: Strange, wacky & hilarious stories, OverTime Books, 2009, p.31 à 33,
 
Januska, Michael, Grey Cup Century, Dundurn, 2012, p.97 à 99,
 
« Canadian-born players in Limelight » de Vern DeGeer, 26 novembre 1950, Montreal Gazette, p.20.

vendredi 13 novembre 2015

Le Canadian Football Act



 

Nous sommes au début des années 70 et fort de son expérience à avoir lancé la American Basketball Association et la World Hockey Association (Association mondiale de hockey), Gary Davidson, l'homme à l'origine de ces ligues rivales, décide de s'attaquer au football professionnel. Il faut dire qu'à l'époque, la NFL était celle qui, dans les 20 dernières années, avait eu le plus à se battre contre des ligues rivales, assimilant la AFL (American Football League) et poussant la moins célèbre Continental Football League (qui avait une équipe à Montréal) vers le néant. Davidson par contre avait de son côté des alliés de taille dans la plupart des villes nord-américaines en ce que des propriétaires d'équipes de ses autres circuits l'aidèrent à mettre sur pied des équipes. La première saison de la ligue était prévue pour 1974.
 
Parmi ces alliés, il y avait un dénommé John F. Bassett.  Bassett était une ancienne star canadienne du tennis provenant d'une famille très riche de la région de Toronto.  Son père avait entre autres créé CFTO, la première station de télé privée de Toronto, qui devint la station phare du réseau CTV.  Bassett fils était alors en affaire avec Davidson en ce qu'il était le propriétaire des Toros de Toronto, équipe de la WHA supposée rivaliser le marché de Toronto avec les Leafs. 




Ainsi, lors de l'annonce des premières équipes de la WFL, une équipe de Toronto pilotée par Bassett, les Northmen de Toronto, était supposée entrer dans la ligue lors de la saison initiale. Allant encore plus de l'avant, Bassett mit la main dans son portefeuille et alla chercher trois joueurs vedettes des puissants Dolphins de Miami, Larry Csonka, Jim Kiick et Paul Warfield.  Rappelons qu'à l'époque, les Dolphins sortaient de ce qui constitue toujours la seule saison parfaite de l'histoire de la NFL, remportant tous les matchs jusqu'au Super Bowl VIII.
 
Alors que tout le monde aurait dû être heureux de voir cette équipe arriver en ville, d'autant plus que les Argonauts étaient dans des années de vaches maigres, le discours alla à l'inverse. L'arrivée du football américain était alors perçu comme une menace au football canadien même, véritable institution de la culture pan-canadienne (selon certains). Ainsi, l'arrivée d'une équipe de football américain à Toronto défiait le football canadien en menaçant l'existence des Argonauts de Toronto et du même coup probablement l'existence de la LCF tout court.  Sans équipe à Toronto, cette ligue pan-canadienne perdait un de ses ports d'attache les plus important.
 
La chose alla si loin que le gouvernement fédéral de monsieur Pierre Elliott Trudeau déposa en chambre une loi nommée le Canadian Football Act.  Cette loi voulait protéger le caractère unique du football canadien et ainsi interdire le football américain en sol canadien.  On se rappellera des efforts de Trudeau pour constituer, construire une sorte de nationalisme canadien, une identité propre aux canadiens, voulant ainsi se distinguer de la culture britannique et américaine.  Ainsi, en votant une loi qui allait garantir le monopole de LCF au Canada, Trudeau voulait signifier que le football canadien était une grande constituante de la culture canadienne, ce qui nous distinguait de la culture américaine. 
 
Devant toute cette commotion, on ne veut pas nécessairement finir par avoir une loi fédérale contre vos projets d'affaire dans la vie.  Bassett décida donc de prendre ses clics et ses claques et déménagea l'équipe à Memphis.  L'équipe prit le nom Southmen et prit un ours brun comme logo au lieu d'un ours polaire. Étrangement, la deuxième fois qu'une équipe partira du Canada pour Memphis, elle aura un ours également comme logo, les Grizzlies de la NBA. Et justement, le surnom de l'équipe fut les Grizzlies... Après le "déménagement" de l'équipe, le texte de loi qui était rendu en deuxième lecture fut abandonné...
 
Depuis, une seule équipe de football américain joua au Canada, la Machine de Montréal... 
 
Les Southmen jouèrent deux saisons dans la WFL avant que cette ligue ne disparaisse...
 
Toujours étrangement, le football professionnel revint à Memphis sous les offices de la CFL au début des années 90, avec les éphémères Mad Dogs.
 
Des trois ligues rivales que Gary Davidson mit sur pied, la WFL fut la seule dont aucune ne fut incorporée à la ligue avec qui elle voulait rivaliser... Les Southmen et les Americans de Birmingham, les deux équipes les plus stables de la ligue, tentèrent fortement de joindre la NFL, allant même en cour avec la chose, mais en vain... Une bonne partie de l'alignement et l'entraîneur des Southmen se joignirent aux Giants de New York pour la saison 1976.

L'équipe de Washington de la WFL était supposée se nommer les Capitals de Washington, mais l'équipe d'expansion de la LNH avait les droits pour ce nom...

Les Argonauts de Toronto ne remportèrent aucune Coupe Grey durant les années 70...
 
Le Canadian Football Act allait aussi loin que de mentionner que personne ne peut posséder, diriger ou opérer une équipe de football professionnel au Canada en dehors de la LCF... 
 
Les maires de Toronto, Montréal et Vancouver s'étaient ouvertement opposés à cette loi... 
 
Texte de Martin Itfor, initialement publié sur pucktavie.blogspot.ca